Les comparatifs conseillent souvent de commencer en micro-entreprise, puis de créer une SASU. Cette séquence se justifie si le manager veut structurer une société pour investir, recruter ou ouvrir son capital. S’il veut surtout facturer ses missions, la SASU n’est pas la continuation naturelle de la micro.
Avec une ARE déjà ouverte, le raisonnement peut même être inverse : SASU sans rémunération au démarrage, puis nouveau choix à l’épuisement des droits — micro, EI au réel, EURL ou portage selon le volume d’activité et la protection recherchée.
Les différences qui déterminent réellement le choix
Point de décision | Micro-entreprise | SASU |
|---|---|---|
Situation adaptée | Intervention ponctuelle ou activité de faible volume | ARE déjà ouverte, absence temporaire de rémunération ou véritable projet de société |
Chiffre d’affaires | 83 600 € HT en 2026 pour les prestations de services, avec prorata l’année de création | Aucun plafond propre au statut |
Cotisations sociales | Calculées sur le chiffre d’affaires encaissé, sans déduction des frais réels | Calculées sur la rémunération du président ; aucune cotisation de dirigeant en l’absence de rémunération |
Frais professionnels | Supportés par le manager ; ils ne réduisent pas les cotisations | Déductibles du résultat s’ils sont professionnels et justifiés |
Revenu personnel | Chiffre d’affaires disponible après cotisations, impôt et dépenses | Rémunération, remboursements de frais ou dividendes après bénéfice et impôt sur les sociétés |
ARE déjà ouverte | Le chiffre d’affaires déclaré réduit l’allocation après application de l’abattement prévu | L’absence de rémunération peut faciliter le maintien de l’ARE ; l’argent reste alors dans la société |
Nouveaux droits au chômage | Aucun | Aucun au titre du mandat de président |
Gestion | Déclarations simplifiées et livre des recettes | Comptabilité complète, comptes annuels, banque, décisions sociales et déclarations fiscales |
Après la phase de démarrage | Poursuite possible en EI au réel | À réexaminer face à l’EI au réel, à l’EURL et au portage lorsque l’ARE prend fin |
À 1 200 € de TJM, le plafond micro correspond à environ 70 jours facturés
Le plafond 2026 de la micro-entreprise pour les prestations de services est fixé à 83 600 € HT. À 1 200 € de TJM, il correspond à 69,7 jours facturés. Une mission de trois mois à 18 jours par mois produit déjà 64 800 € HT.
Le premier dépassement ne fait pas perdre immédiatement le régime : la sortie intervient après deux années consécutives au-dessus du seuil. Celui-ci est néanmoins proratisé l’année de création et ne permet pas d’exercer durablement au-delà. Ministère de l’Économie — dépassement du seuil de la micro-entreprise
Le seuil de TVA est distinct : un micro-entrepreneur peut facturer la TVA tout en conservant son régime. Pour un client qui la récupère, cela ne modifie généralement pas le prix hors taxes de la mission.
Avec peu de frais, la micro-entreprise laisse généralement plus de revenu disponible
Pour les prestations libérales relevant des BNC, le taux de cotisations micro-sociales est de 25,6 % en 2026. Sur 60 000 € encaissés, cela représente 15 360 € de cotisations, avant contribution à la formation professionnelle, impôt et dépenses.
Si une SASU verse le même chiffre d’affaires en rémunération, elle doit financer les cotisations patronales et salariales du président, ainsi que ses coûts de fonctionnement. La micro laisse donc généralement plus de revenu immédiat lorsque les frais sont faibles. L’écart se réduit avec les dépenses : elles ne diminuent pas les cotisations micro, tandis que les dépenses professionnelles justifiées réduisent le résultat de la SASU. L’abattement fiscal de 34 % en micro-BNC ne remplace pas leur déduction réelle.
Une ARE déjà ouverte peut rendre la SASU plus intéressante que la micro
En micro-entreprise, France Travail tient compte du chiffre d’affaires déclaré après l’abattement BNC de 34 %, puis de 70 % du revenu ainsi estimé. Une mission facturée réduit donc l’ARE. France Travail — déclaration d’une activité indépendante
Le président de SASU peut ne pas se rémunérer et en fournir les justificatifs. L’ARE peut alors continuer à être versée selon les règles applicables, tandis que la trésorerie reste dans la société. L’intérêt est réel si l’allocation couvre ses besoins personnels.
Pour les droits ouverts après une perte d’emploi intervenue à compter du 1er avril 2025, le cumul avec une activité non salariée est limité à 60 % des droits restant au démarrage de l’activité. Les 40 % restants peuvent être sollicités auprès de l’instance paritaire régionale en l’absence de revenus tirés de cette activité. France Travail — cumul entre ARE et activité
Ni la micro ni le mandat de président de SASU ne créent de nouveaux droits au chômage. La SASU préserve donc temporairement une ARE acquise auparavant ; elle ne finance pas la protection de l’intermission suivante.
En SASU, les dividendes sont versés plusieurs mois après la clôture de l’exercice comptable
Les dividendes supposent un bénéfice après impôt sur les sociétés, des comptes arrêtés puis une affectation approuvée. Leur versement intervient généralement quatre à six mois après la clôture de l’exercice : ils ne constituent pas un revenu mensuel.
Sans ARE ni autres ressources, la SASU doit verser une rémunération : le président ne peut pas prélever une avance sur de futurs dividendes. Ceux-ci ne supportent pas les cotisations sociales du président, mais sont versés après l’IS, restent imposables personnellement et ne génèrent ni retraite, ni prévoyance, ni chômage.
Le bon ordre dépend du rôle que doit jouer la société
Sans projet de société, le dépassement du plafond micro n’oblige pas à créer une SASU : la micro est déjà une entreprise individuelle et peut poursuivre au réel. Lorsqu’une ARE commande le démarrage, la SASU peut constituer le premier cadre. À l’épuisement des droits, le choix se rouvre :
micro-entreprise si le chiffre d’affaires attendu reste sous le plafond et que le régime demeure accessible ;
EI au réel pour continuer à facturer seul au-delà du plafond, avec moins de formalisme qu’une société ;
EURL si une société répond à un besoin juridique ou stratégique précis ;
portage salarial pour retrouver le régime salarié et déléguer les contrats, la facturation, le recouvrement et la paie.
Passer de la SASU à la micro ou à l’EI suppose de changer de structure. Cette formalité ne justifie pas de conserver une SASU devenue moins adaptée. Nos comparatifs détaillent l’EI au réel et l’EURL, ainsi que l’alternative du portage salarial.
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Sources
Ministère de l’Économie — seuils et dépassement du régime micro en 2026
Ministère de l’Économie — cotisations sociales de la micro-entreprise
Bpifrance Création — comparaison entre SASU et micro-entrepreneur
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